29 juillet 2012

De mes angoisses

"Mais tu n'as pas peur ?"


Si j'ai peur, j'ai même très peur de l'hypokhâgne. Je sais bien que je ne devrais pas que c'est moi qui ai choisi mais ma raison ne parvient pas à tempérer ce sentiment crispant mon estomac. J'ai bien peur de la masse de travail, de me retrouver seule avec 54 autres élèves, de pas savoir m'adapter, mais pire que tout je suis terrorisée à l'idée de me faire formater.
Non pas que je sois une rebelle, une outsideuse et autres adjectifs stupides mais j'ai toujours rêvé d'indépendance intellectuelle, et je ne suis plus certaine que l'hypokhâgne puisse me l'apporter. Je crains qu'on me lave le cerveau et qu'on y bourre des idées toutes faites à apprendre par cœur, à recracher sans même réfléchir ou comprendre. J'angoisse à l'idée de faire ce qu'on attend de moi, de suivre les règles. Non pas que respecter les lois et les règles soit mal mais si ces lois sont mauvaises, si les idées sont fausses alors je ne ferai que persévérer dans mes erreurs. Je ne veux pas être de ces personnes qui râlent contre la société, prônent le changement du fond de leurs canapés et pourtant ne font rien pour encourager un quelconque progrès. Je voudrais agir, mêmes par petites actions, par petits engagements mais me battre, m'engager dans des causes qui même si elles sont perdues d'avances me semblent être les justes causes. Et j'ai peur de me ramollir, de fatiguer et de finir par considérer normal de suivre des lois que je ne soutiens pas parce que ce sont des lois, de répéter des idées qui ne sont pas les miennes parce qu'on m'a dit que c'étaient les bonnes.
J'ai finalement peur de n'être qu'un reflet de ma génération - même si cela peut vous paraître présomptueux - une jeune au considération de petit vieux, que cela fatigue de réfléchir, de penser, de se rebeller. Nous nous contentons de vivre, de se comparaître dans ce qu'on attends de nous. J'entends bien mes amis et même moi qui nous inquiétons de ce à quoi va mener nos études, de l'éventualité de trouver un métier au lieu de faire en sorte d'en trouver. Nous devrions lutter pour notre avenir et celui de tous, nous devrions avoir des causes et chercher des solutions. Mais nous sommes des jeunes déjà vieux et nous nous contentons de nos petits chemins sans rien déranger : avoir le bac, faire une prépa, échouer à l'ENS, aller à la fac, avoir un master, trouver un job que l'on aime pas, et raler, raler, raler en répétant des "si" et des "c'est comme ça".
'
PS : Vraiment des fois je me fait un peu peur, on dirait une révolutionnaire dans cet article --'
Rendez-vous sur Hellocoton !

8 commentaires:

  1. Coucou. En tant qu'ancienne HK / K (BL), je peux témoigner avec joie et bonne humeur (ça fait toujours plaisir de croiser ses pairs sur la blogosphère). Je ne pense pas avoir été formatée dans la mesure où on nous laisse quand même pas mal de liberté intellectuelle (ça dépend des profs' certes). J'ai passé les deux années les plus denses de mon existence mais j'ai beaucoup appris. A l'issue de cette prépa', j'ai intégré une ESC et ... je me suis rendue compte de la différence. J'ai réellement pris conscience de ce que voulait dire "formatage" et "idées toutes faites" ...
    Bon courage en tout cas. ça me rend nostalgique tout ça.

    RépondreSupprimer
  2. Révolutionnaire de pacotille, je pense que tout ira bien pour toi.

    RépondreSupprimer
  3. N'est-il pas indispensable de connaître ses classiques pour développer sa propre pensée ?

    RépondreSupprimer
  4. La prépa est justement faite pour t'ouvrir l'esprit, t'apprendre à réfléchir et à développer ta pensée, en te donnant tous les outils nécessaires pour cela (car on ne peut pas penser sans bases préalables!). C'est normal d'avoir peur du "formatage", mais je te rassure, l'hypokhâgne n'est absolument pas là pour ça; c'est même tout le contraire.
    Courage ;)

    RépondreSupprimer
  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  6. Je vais être redondant : mais oui, il faut savoir ses gammes avant de composer. L'hypokhâgne est l'apprentissage des gammes. Par ailleurs, l'hypokhâgne est encore un espace de liberté, ce qu'est beaucoup moins la khâgne, tournée vers le khônkhôurs. Je me rappelle en hypokhâgne, j'ai découvert Diderot, la littérature grecque et latine, les libertins du XVIIe siècle, les évangiles apocryphes... Ca partait dans tous les sens, mais c'était vivant.

    Quant à échouer à l'ENS, eh bien, je pense pouvoir affirmer que tous les futurs normaliens commencent en ayant peur à la rentrée d'hypokhâgne. Et puis, avant de l'échouer, il s'agirait de le passer, ce khônkhôurs... Et aussi étonnant que cela puisse paraître, certains l'obtiennent.

    Donc, haut les coeurs.

    RépondreSupprimer
  7. Tu sais la fac c'est bien aussi.. On peut aussi faire des trucs cool ! Surtout que selon la loi un étudiant cube (un kagneux redoublant) peut directement entrer en L2 donc griller pas mal d'étapes.. So, stresse pas et ne te disant qu'il n'y a que l'ENS =)

    RépondreSupprimer
  8. Bonsoir, je découvre votre blog. Je crois que si l'indépendance intellectuelle vous tient à cœur, vous persisterez à forger votre propre regard sur le monde. Le simple fait que vous exprimiez ce souci montre que vous gardez de la distance face au savoir que l'on vous transmet, face à la manière dont on vous le transmet. Ayez confiance en vous et en votre jugement critique, exercez-le, de manière à mieux vous connaître et à déterminer ce vers quoi vous tendez.
    Bon courage et au plaisir de vous lire à nouveau. - Esther.

    RépondreSupprimer