25 mai 2012

Lettre de rupture

Il est minuit deux et je m'effondre en pleurs. Des pleurs de fatigue, mêlé à des pleurs de soulagement, le salé du pleurs de honte de soi et l'abondance du pleurs de rage. Peut-être même des pleurs de l'ironie de la vie.
 Il est minuit deux et je n'ai pas achevé ma lettre de motivation pour science-po à temps. Il est minuit deux et je devais encore écrire 457 mots sachant que le déjà rédigé n'était que mensonge et hypocrisie.
Il est minuit trois et je clique sur la petite croix rouge, et ce geste clos une période de ma vie.

J'ai tellement honte de moi, honte d'avoir pu croire que j'étais assez bonne pour réussir, puis pour avoir pu croire réussir par un miracle. Honte parce que je vais devoir affronter le regard déçu de mes grands parents et les faux discours consolateurs de ma mère, honte parce que je vais devoir supporter de dire la vérité à toutes ces autres personnes qui préparait science-po et que je laisse tomber. Honte parce que je me suis mise des bâtons dans les roues toutes seules, parce que j'ai pas travaillé de l'année, que je m'y suis encore prise à la dernière minute et que j'ai préféré trainer au bois plutôt que commencer à écrire cette foutue lettre. J'ai honte d'être une bonne à rien, un gâchis de capacités inexploités pour cause de flemmardise, j'ai honte de ne pas être vu telle que je le suis vraiment peut-être alors aurais-je changé pour devenir meilleure ? Je sens une part de moi mourir et ce n'est pas une figure de style, un peu comme si je découvrais ce qu'est la vie, des déceptions d'espoirs vides de sens. J'en ai des hauts-le-coeur : je viens de me réveiller et de prendre conscience de toute la merde que j'ai fais tout au long de l'année, de ma vie; c'est la première fois que je connais l'échec, le vrai, celui que tu te prends en pleine face et qui te cloue au sol avant que tu ne ripostes. Je ne serai pas cette grande éditorialiste indépendante et admirable que ma lamentable ambition visait pour moi. Voilà à quoi ça mène d'être une ambitieuse fainéante. Plus approche le bac, la bac plus je m'enfonce dans la honte parlytique et faisant encore moins j'ai davantage honte chaque jour. Honte d'échouer là où les autres semblent réussir : être heureux. Certes ils le font différemment mais tous ont l'air d'espérer dans l'avenir et de s'engager dans leur futur avec joie. Je suis partagée par une fierté et un honnête bonheur de leur réussite cause de notre sincère amitié et une jalousie animale d'incompréhension et de désir de posséder leur bonheur à mon tour.

"Je ne passerai pas science-po, ni les IEPs" cette phrase parait con mais elle est la cause d'un sourire hideux qui balaye mon visage. Un rictus de soulagement. Car finalement je ne crois pas avoir jamais voulu y entrer, j'ai tout bien dit et fait semblant, plus qu'aux autres je me suis mentis à moi même : "Demain tu travailles", "entrer là-bas te rendra heureuse" mais comme dirait Sartre : si je l'avais voulu, je l'aurais fait et je serai de mauvaise foi d'accuser le cosmos et de nourrir un ressentiment contre qui que ce soit. Je n'ai jamais vraiment eu envie finalement, plus que les études ou le prestige, c'est l'idée qui m'a plut, l'idée d'entrer dans une école où je pourrais devenir ce que je veux. En fait j'avais encore choisi la solution de facilité : travailler pour aller là où je n'aurais pas à lutter pour obtenir ce que je veux. D'ailleurs j'ai découvert avec horreur que je ne savais même pas ce qu'on y faisait à science po ! Je m'étais renseignée sur tout, l'hypokhâgne, les lettres modernes, le norvégien même les lettres classiques mais pas Science po et c'est abasourdie que j'ai lu partout "macroéconomie" et "sociologie", ce n'est pas pour finire ES++++++ que j'ai dit merde à tous et hissé les voiles vers la L. Alors finalement je ne crois même pas être déçue (à part de moi-même). Ce qui me blesse ce n'est pas d'avoir mis fin à un rêve bancal mais d'avantage de ce que cette année perdue, année où je me suis perdue révèle sur moi-même.

En attendant c'est en essayant de me reconstruire que je vais pousser mon nouveau cri "Hypokhâgne pardonne moi, je me suis laissée séduire mais au fond de mon cœur c'est ton nom qui sonnait quand on me parlait de lui"
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8 commentaires:

  1. Je comprends tout ce que tu ressens pour l'avoir bien vécu et je ne trouve pas de mots réconfortants malgré tout. Sauf qu'un jour tout ça tu t'en foutras probablement quand tu auras trouvé l'épanouissement ailleurs. En attendant, les pleurs sont un bon début :)
    Bisous

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  2. Tu as écrit cet article dans l'instant et je pense que tu as pu y réfléchir depuis. Tu n'as pas gâché ton année, encore moins ta vie, parce que tu n'as pas écrit ta lettre à temps. Comme tu le dis ensuite, c'est qu'au fond, ça ne t'emballait pas trop. Tu as encore la possibilité d'aller en hypokagne et au pire du pire de faire une année de fac et de retenter science-po l'année prochaine. Tu ne seras ni la première ni la dernière à faire ça. Bises :)

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  3. Bon, j'allais te dire exactement ce que Sartre a dit. Vu comment tu le racontes, ça fait déjà un moment que sciences po ne fait plus partie de tes projets. C'est juste qu'hier soir c'était du concret, donc ça fait flipper, et t'as eu tous les doutes qui reviennent. J'espère que ça va aller pour la suite, courage! Concentre toi sur ce que tu veux vraiment au fond de toi!

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  4. Il ne faut pas culpabiliser d'abandonner quelque chose qui ne pense pas te convenir —ce que je dis est très cliché et ne doit pas t'aider beaucoup, mais si tu veux discuter :)—

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  5. Chouchouuuuuuuu ♥. Faut pas dépressionner pour ça, hein. (oui je fais des néologismes et j'emmerde le monde) Si tu te dis que Science-Po et les IEPs n'étaient pas pour toi, il n'y a pas à t'en vouloir. Tu fais des choix. Et ce n'est pas parce que ta famille attendait de toi que tu les réussisses que tu dois les faire. C'est ton choix. Pose-toi avant le Bac. Et si tu veux en parler, toutes mes portes et différentes fenêtres sont ouvertes. (tu as la clef de toute façon. (:)

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  6. Je reprends ce qu'a déjà dit Nicolas avant moi : tu as sûrement fait le meilleur choix pour toi ! il n'y a pas de regrets à avoir, même si le fait de tout arrêter à ce stade a sûrement dû t'être difficile. C'était au final inutile de tenter une école pour le "prestige" sans savoir de quoi étaient faits les cours. Même si tu y aurais été prise tu aurais pu ne pas t'y plaire... Surtout que ScPo c'est quand même très orienté ES. Vaut mieux aller là où tu te sens le mieux.
    Courage en tout cas :)

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  7. Coucou, j’ai lu quelques fois tes articles au détour d’une procrastination aigüe, je suis moi-même étudiante à Sciences Po Lille, après avoir fait une prépa littéraire il y a quelques années. Je comprends tout à fait ce que ça fait d’en quelque sorte « rater » son inscription ou son concours, une bonne claque, de la déception et parfois un peu une plongée dans un inconnu qu’on n’avait pas imaginé. Mais j’ai envie de te dire que rien du tout n’est loupé, au contraire l’enseignement supérieur ne fait que commencer pour toi ! Pour ce qui est de Sciences Po ou des IEP de province, les matières étudiées sont surtout l’économie, la sociologie, science politique, droit, relations internationales, langues, histoire ; avec des variations selon ta « spécialisation » progressive. Et tu peux passer les concours d’entrée l’an prochain (pour entrer en 1e année ou directement en 2e année dans quelques IEP de province) ou beaucoup plus tard, pour ma part je n’y suis entrée qu’en 4e année. Si tu as envie d’y aller et des envies de métiers en rapport, tu pourras te renseigner par la suite, aller aux portes ouvertes. Si tu avais été admissible cette année à Scpo Paris, tu aurais dû passer un entretien de motivation, peut-être tu n’aurais pas été complètement au point.
    L’hypokhâgne te permettra d’avancer dans tes projets d’orientation, de fera découvrir une manière d’enseigner certaines matières un peu différemment qu’au lycée, c’est progressivement que tu vas construire ton parcours. De même, sciences po ouvre des portes, mais pas toutes, la principale personne qui les ouvrira ce sera toi. Je termine mon pavé en te souhaitant bonne chance et bon courage pour la suite :)

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  8. et le cned alors?28 juin 2012 à 19:43

    Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    Vous chantiez ? j'en suis fort aise :
    Et bien ! dansez maintenant.
    mais philosophons tout arrive pour une raison

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